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UN DINER PRESQUE DE CONS
6 août, 2012, 15 h 18 min
Classé dans : Non classé

 

On a rien vu venir. Insidieusement,  elles ont pris possession de la télé. Elles, ce sont les émissions de bouffe. Ça tombe bien,  tout le monde adore bouffer.  Quoi de plus universel, rassembleur, convivial (dis-moi  encore une fois convivial et je pleure) ? Le concept est beau comme un discours d’Obama ou un hymne de Mireille Mathieu. On imagine déjà  le Lepeniste attablé devant le couscous de l’hôte de ces bois, mais alors lointains, les bois,  qui voit la lumière du Lovesexy  et de la fraternité grâce à une  divine  boulette au camoun, se levant, et lançant des alleluias et des youyous. On voit l‘ouvrier ébahi devant les couverts d’argent du bourge, qui visite à son tour, l’œil humide, l’humble tanière et s’encanaille  coude à coude avec le plébéien. Bref, que du bonheur, pour reprendre une expression à la con qui va bien avec le thème de l’Edith O du jour. Jusque là, niveau bectance, maximum, on avait droit vers 11h, gagnés par la torpeur  et l’hypoglycémie, à des trucs bien terroir, et vas-y met bien le nez dans mon pâté, et elle est belle ma rillette, elle est au vrai gras de porc, et je flambe le tout à L’armagnac comme Marceline (dis bonjour, Marceline té ! ) qui fait ça de mère en fille depuis le magma, un peu avant le big bang, et un peu après François 1er, enfin tu vois, dans ces eaux-là. Et bien-sûr dans la même veine on avait la mythique Cuisine des Mousquetaires, attention chef d’œuvre culte, Maïté et son gros rouleau à pâtisserie, qui égorgeait les pigeons avé les dents, chokeslamait les anguilles, écrasait les pommes de terre crues  à la main, mais Maïté c’est hors catégorie, c’est le Tourmalet, l’Olympe, on n’y touche pas et puis surtout A AUCUN MOMENT ON N’A EU ENVIE DE REFAIRE LA MEME CHOSE CHEZ NOUS, on aurait voulu qu’on aurait pas trouvé les ingrédients, sang de canard, oeil de porcelet, gras de  galinette, à moins de connaître un marabout à la rigueur. Mais ça, c’était avant.

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Et puis,  la bouffe tivi est entrée chez nous. Exit  Marceline à la foire à la saucisse, à nous les lambdas, les citadins, les français moyens (processus d’identification pchhhttt. Checked. Arrimage pchhht. Checked.  Fusion du cervelet chhhhhht. Checked) des comme vouzetmoi, qui accueillaient  dans leur petit F3 des convives (on aurait du se méfier, dans convive y il a vive), autour des petits plats qu’ils chérissaient, avaient mis au point durant un lifetime entier, la paëlla qui fit tomber la fiancée dans le clic clac, la tchoukchouka à manger sur la tête d’un mort, le moelleux au choco qui a rendu une ville diabétique, mais heureuse.

Un dîner presque parfait que ça s’appelait.  ll y avait aussi la haute voltige, les émissions de prime, là où l’on est jugé par des supamegachefs en toque blanche,  des shows où il y a plus de pression que sur une  finale de 100 mètres, des Master Chef, Top Chef, et consort (là aussi, on aurait du se méfier,  dans consort il y a sort). Les dieux des fourneaux, ours mal léchés comme il se doit (obligé !  pour devenir chef tu dois réussir un tournoi de rugby contre Maïté, ça caparaçonne un peu le caractère), sortaient de leur trou, pour venir juger la crème renversante ou la  tonkinoise de jeunes lambdas-bis. Et nous on buvait les paroles culinaires comme de l’or liquide, les  je vais monter ma sauce, je vais singer l’agneau, ça c’est pas une embeurrée d’épinards et les tant pour tant pour macaronner (créer un verbe pour une si petite chose, je vous demande un peu ?)…. Mais des deux, c’est bel et bien le Diner Presque Parfait qui nous a fait le plus de mal. Tel un VRP vicelard, il a mis le pied dans la porte, est entré chez nous,  et n’est plus jamais ressorti.

Maintenant c’est  l’enfer. Plus moyen d’aller chez un pote, une collègue sans avoir l’impression d’être la délégation officielle de fuckin’Queen Elizabeth II d’Angleterre (et dieu sait qu’en matière de mangeaille elle se pose là). Dès l’huis, à l’entrée, tu sens comme … oui,  une pression. La maîtresse des lieux te regarde de biais, transpire, tremblote, légèrement au bord de l’hystérie. Oh Brigitte, c’est toi où tu t’es faite spaceinvader le ciboulot cette nuit ? T’es bizarre.  Elle t’accueille avec un petit sourire crispé et des yeux pleins de haine (tu m’étonnes,  2 jours dans la cuisine pour ta pomme et celle de ton lover) te montre le chemin (sans dec ! si !) comme si tu  pénétrais dans Chambord. Et puis  elle craque. (mal) Cachée derrière une plante verte,  tu  l’entends hululer «  du vert du vert elle a mis du vert ça ira JAMAIS AVEC MES PORTE SERVIETTES pinaise je dois tout recommencer ».  Bref, elle se reprend, revient avec cet air étrange, hagarde et te fait faire le TOUR DU PROPRIETAIRE .  Est-ce qu’on se montrait nos vieilleries Ikea avant ? Pas souvenir…  Nouvelle table assortie aux rideaux, nouveau service avec assiettes carrées de toutes les tailles, on déballe tranquillement la liste des dépenses comme si derrière tout cela ne se cachait pas le drame d’un surendettement en bonne voie. Elle n’était pas bien, l’ancienne table, oses-tu, kamikaze ? Non chérie, avec celle-là et ses 16 rallonges, on peut recevoir jusqu’à 84 personnes en même temps. C’est plus (froncement de nez mutin) convivial.  2000€ pour se poser les coudes sur de la convivialité. Ok. Passons que la lady n’a pas 4 amis en tout animaux inclus.

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Continuons le calvaire, le diner. Apéro ? Ouf de soulagement, voilà un truc que tu connais. Et là c’est le commencement d’une  litanie, d’une logorrhée, vous qui entrez abandonnez tout espoir de vous détendre le bulbe ce soir, parce que la cops te cause dans un sabir dans lequel t’essayes de trouver des mots que tu captes, tel un Nelson Monfort aux prises avec un accent du Salvador supérieur, yes, no, tambien, maybe, hihi, et,  par-dessus tout tu cherches comment ces mots pourraient FONCTIONNER ensemble. Alors là tu as des bouchées de St Jacques en cuiller (en cuiller, il est venu en cuiller, le St Jacques ? Faut mettre tout dans la boubouche, bouffer la cuiller ? Oui non peut-être, désolée, still searchin…),blabla lit de hump blabla jus de rppprr …  Là t’as  une petite verrine 3 mousses abricot gigot thon rouge gelée de fraise (tu as remarqué que ça fait pas 3, coquinou, c’est pour voir si tu suis), et la t’as  une sucette de foie gras au sucre de myrtille inverti (pas de problème , chuis pas homophobe) ». Okay okay, tu assimiles tous ces concepts obscurs, en te demandant quand est-ce que tu vas pouvoir lui dire que t’es allergique aux St Jacques sans qu’elle se fasse harakiri, ou qu’elle te fasse harakiri, ce qui serait encore plus fâcheux, t’en es à te dire, tant pis pour l’œdème de Quincke, je vais le boulotter son truc, sinon ça va la tuer. Et là, elle dégaine la première, et  te tue : « Pour l’ordre,  je te conseille de commencer par la gauche ». Œillade au chéri, affamé comme peu l’être un chéri, arc bouté,  qui avait déjà main basse sur le premier accessoire pour dinette de schtroumpf. Non darling, t’es en sens interdit, commence par l’autre la dame elle te dit. Sinon tu ne vas pas bien sentir gouleyer la fraise sur la pousse de navet, et ça serait dommage. Pas grave que la dame tu la connaisses depuis les couche culottes,  pas grave que son beige taupe sur les  murs c’est toi qui l’a aidée à le ripoliner, au bon vieux temps on l’on mangeait des Curly et où on buvait de la bière, et où la maitwesse de cérémonie avait encore le sourire. Mais pas des coussins  assortis au compotier.   Et ça glisse, glisse, dans l’absurde, tant et plus, pire que dans une pièce de Ionesco.  J’en ai même vu un,  dans l’émission maudite,  qui avait acheté des flûtes à champagne sans pied. C’est naze les pieds, has been. Fallait les voir le verre à la main, la verrine dans l’autre (what the fuck avec la verrine, moi je veux manger quelque chose qui n’a pas LA CONSISTANCE DU BLEDINA  à l’apéro, car j’ai des dents (encore pour le moment)). Le jour où trop ça été trop, c’est quand nous avons invité une paire de cons couple  d’amis à la maison, et qu’ils sont entrés en inspectant chaque coin comme ils allaient acheter, et qu’ils se sont échangé des regards triomphants chaque fois qu’ils émettaient une critique (et crois-moi, ils ont émis) sur ma cuisine. Non mais quoi ? Ils s’imaginaient VRAIMENT qu’ils allaient aller me noter dans les chiottes ? Je crois bien que oui. Vrillés qu’ils étaient. Overdose de M6, on les avait perdus. Ça manque de sel haha. C’est plus très chaud wééééé.  Chocking. Mes petits farcis adorés, fermez vos oreilles.

Alors voilà. Je suis à bout. Je l’avoue, moi aussi j’aimais bien mettre des fleurs pour mes invités, des bougies, des zolies assiettes, une bouteille au frais.  J’aime bien les coussins et tout ce qui ne sert à rien. Mais arrêtons l’hémorragie, avant l’anéantissement, avant de nous sentir bien nulle part même pas chez notre propre mère. Il arrivera un jour où tu te tourneras  vers ta femme ou ton mari en lui demandant pourquoi il n’a pas CERCLÉ la purée. Et ce n’est pas du dirty talking. Moi, je ne cercle pas les aliments, je les laisse libres, je ne les sers pas « à l’assiette », je pose le plat sur la table, je ne dis pas « je vais enlever » pour dire que le rata est prêt. Moi je milite pour les soirées bière pizza, quand t’as pas envie, pour les pastas parties où les pastas elles sont toutes collées et brûlées dans le fond parce que  l’hôte rigolait avec toi au lieu de surveiller sa marmite, je milite pour les carbo, et même les carbo sans crème et sans lardons parce que l’hôte a zappé de faire les courses, je milite pour que la plus grande des politesses ce soit qu’on se reçoive détendus, ravis de se voir,  avec un grand sourire en guise de parure de table.


9 commentaires
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  1. Cynthia Nissa

    Super first paper :-) Souhaitons à ton blog tout le succès qu’il mérite !

  2. Victoria Khabir

    Bravo, une lecture envoûtante et pleine d’humour, comme on l’aime! Il faut militer pour le bon sens et le cool attitude! J’attends la suite avec impatience

  3. LaetiLaeti

    Bien écrit, vivant, tellement vrai, tellement nous ! Un pur bonheur de te lire. La suite !!! La suite !!!

  4. MARTIN Philippe

    C’est pas un papier, c’est un enchaînement de bytes. :p

  5. Vida

    Miam miam
    Vive la suite.

  6. Chapitre Onze

    Bravo ! Tu l’as fait ;) et en plus tu écris bien ! Hop dans mes favoris :)

  7. PATSY S.

    Depuis le temps que j’en révais, tu l’as enfin fait… Putain, y’a pas à dire, ça fait trop du bien de lire ça, tout ce que tout le monde pense enfin « prosé ». Love…

  8. Josette

    Bravo!



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